Page updated/mise à jour le 8 juillet 2025
2020
CHATTERJEE, Upamanyu. La Vengeance du carnivore. Traduit de l’anglais The Revenge of the Non-Vegetarian. Paris: Robert Laffont, 2020,
“Le lien entre les carnivores et le goût de tuer ne me paraît pas évident. Il suffit de penser aux abominations qu’a fait subir un végétarien à l’Europe et au monde.” Un roman sanglant qui donne à voir l’intolérance dans une société où l’animal est vénéré… et l’homme méprisé. Un soir de septembre 1949, une maison prend feu dans la ville de Batia, en Inde. Elle est réduite en cendres avec ses six habitants et un chien. Le chef de famille était un fonctionnaire chargé de la collecte des impôts sous la responsabilité de Madhusudan Sen, le magistrat de la ville. C’était aussi et surtout son très apprécié fournisseur en oeufs frais, poisson et viande rouge depuis que le cuisinier hindou de Sen a refusé de satisfaire ses plaisirs carnivores. Car ce dernier est un hindou de haute caste, mais non végétarien. Lorsqu’on découvre que l’incendie n’avait rien d’accidentel, et même que les disparus ne sont pas morts par les flammes, Sense jure de devenir végétarien jusqu’à ce que justice soit faite.
[Remarques de l’éditeur]
ISBN: 9782221246566
KANDASAMY, Meena. Quand je te frappe: portrait de l’écrivaine en jeune épouse. Traduit de When I Hit You: Or, A Portrait of the Writer as a Young Wife. Arles: Actes Sud, 2020, 224 pp.
Alors qu’elle se remettait d’une déception amoureuse, la narratrice, prise entre ses aspirations et les attentes de ses parents, s’est quelque peu précipitée dans le mariage. L’heureux élu est un brillant universitaire, un admirable militant – l’homme idéal?
Mais la jeune femme déchante vite, confi née dans sa maison à Mangalore, loin de sa famille, de ses amis. C’est d’abord ses habitudes que son mari entreprend de réformer : il faut qu’elle cesse de passer tant de temps sur internet, sur sa boîte mail, sur les réseaux sociaux – et puis, finalement, sur son ordinateur. Pour elle qui vit de son écriture, c’est presque un arrêt de mort. Il faut qu’elle devienne une parfaite femme du peuple, qu’elle assimile et incarne la doctrine marxiste. Et surtout, surtout, qu’elle respecte son époux et se conforme en tout point à ses désirs. Cet “endoctrinement” passe par la violence, qui emprunte toutes les ramifications possibles, plus perverses les unes que les autres.
Pour ne pas sombrer, la narratrice lutte, elle écrit dans sa tête, imaginant comment raconter son histoire, cherchant la moindre faille. Peu à peu, elle invente un stratagème afin de s’en sortir, de garder le contrôle de sa propre vie. De ne pas disparaître.
Porté par une voix puissante, ce récit de survie polymorphe, étonnamment lumineux, offre un éclairage salutaire sur les violences faites aux femmes, en Inde et dans le monde. Créant une tonalité singulière, à la fois intime et littéraire, l’auteur décortique avec rage et brio le mécanisme de défense inaltérable que constitue le rapport à la fiction.
[Remarques de l’éditeur]
ISBN: 9782330133993
MURUGAN, Perumal. Le Bûcher, trad de l’anglais Pyre par Emmanuelle Ghez. Paris: Hauteville, 2020, 224 pp.
Après la mort de son père, Kumaresan quitte son village natal et se rend à la ville pour y trouver du travail. C’est là qu’il fait la rencontre de Saroja, et tout à coup, c’est l’amour fou. Mais c’est aussi un amour interdit : la jeune fille n’est pas issue de la même caste que lui. Avec la fougue de la jeunesse, ils se marient clandestinement avant de regagner ensemble le village de Kumaresan. Le jeune homme est persuadé qu’il finira par avoir raison des réticences des siens et par faire accepter sa femme.
Mais dans ce petit village isolé du Tamil Nadu où les traditions pèsent comme une chape de plomb, le piège se referme sur eux, jour après jour.
[Remarques de l’éditeur]
ISBN: 9782381220215
NARAYAN, Shoba. La laitière de Bangalore. Traduit de l’anglais The Milk Lady of Bangalore: an unexpected adventure par Johanna Blayac. Paris: Mercure de France, 2020, 304 pp.
Après plus de vingt ans passés aux Etats-Unis, Shoba rentre en Inde avec sa famille. Dans les rues de Bangalore, hommes d’affaires côtoient vendeurs à la sauvette, mendiants, travestis et… vaches ! Shoba se lie bientôt d’amitié avec Sarala, sa voisine laitière dont les vaches vagabondent dans les champs. Mais lorsque Sarala propose à Shoba de participer à l’achat d’une nouvelle bête commence une drôle d’épopée ! Acheter une vache en Inde n’est pas une mince affaire… Il y a des règles strictes et d’innombrables traditions à respecter. Et comment choisir parmi les quarante races indigènes de bovins – sans compter les hybrides ! De foires aux bestiaux en marchandages sans fin, Shoba redécouvre l’omniprésence de l’animal dans la vie indienne : on boit son lait, mais on utilise aussi sa bouse pour purifier les maisons, son urine pour fabriquer des médicaments… Dans une succession de scènes cocasses et émouvantes où les vaches ont le premier rôle, Shoba Narayan évoque aussi les mantras, Bollywood, la médecine ayurvédique, le système de castes, et dresse ainsi un portrait contrasté de l’Inde d’aujourd’hui.
[Remarques de l’éditeur]
ISBN: 9782715253964
PARAJULY, Prajwal. Fuir et revenir. Traduit de l’anglais Land Where I Flee par Benoîte Dauvergne. Paris: Emmanuelle Collas, 2020, 408 pp.
En vue de célébrer les 84 ans de leur grand-mère Chitralekha – événement important selon la tradition népalaise -, ses petits-enfants se rendent a` Gangtok, dans l’Etat du Sikkim, au coeur de l’Himalaya indien. Ils vivent tous à l’étranger et chacun, pour des raisons différentes, redoute l’inquisition familiale. Comment sortir indemne de cet anniversaire ? Au fur et à mesure des célébrations, l’affaire se complique… d’autant qu’une servante acerbe et un invité inattendu se joignent a` cette mémorable réunion de famille. Avec Fuir et revenir, Prajwal Parajuly nous livre une savoureuse comédie de moeurs, servie par l’humour et un esprit caustique, sur la famille, les castes et le genre. Prajwal Parajuly, fils d’un père indien et d’une mère népalaise, partage son temps entre New York, Londres et Gangtok, sa ville natale. Son premier recueil de nouvelles, The Gurkha’s Daughter (2012), a été plébiscité par la critique et nommé pour le Prix Dylan Thomas. Fuir et revenir, son premier roman, est paru en 2013.
[Remarques de l’éditeur]
ISBN: 9782490155231
ŚRĪ, Gītāñjali (SHREE, Geetanjali). Ret Samadhi : au-delà de la frontière. Traduit de l’hindi Ret Samadhi par Annie Montaut. Paris: Éditions des femmes – Antoinette Fouque, 2020, 372 pp.
“Ret samadhi” est l’histoire d’Amma, mère, grand-mère et veuve de 80 ans, qui sans un mot abandonne un beau jour la maisonnée de son fils aîné, où elle habitait selon la tradition. Hébergée par sa fille, une écrivaine très indépendante, elle découvre une nouvelle forme de liberté et d’amour. Amma s’ouvre alors au monde et à elle-même, aidée dans sa métamorphose par une curieuse aide-soignante, Rosy, une transgenre qu’elle semble connaître depuis toujours. Lorsque cette profonde amitié est brutalement interrompue, l’octogénaire aussi fantasque qu’attachante part pour le Pakistan sur les traces d’un mystérieux passé, entraînant sa fille dans cette folle aventure. Ce roman hors du commun, qui offre un portrait foisonnant de la culture indienne et s’inscrit dans la grande histoire de la Partition, fait vaciller les frontières : celles entre normalité et étrangeté, rêve et réalité, passé et présent, corps et esprit, et bien d’autres encore. Dans l’écriture de Geetanjali Shree, monologue intérieur, dialogue et narration polyphonique s’entremêlent sans couture apparente. Humour, tragique et poésie se superposent, jouant sur les sonorités et les rythmes d’une façon parfois vertigineuse, que la remarquable traduction d’Annie Montaut a su restituer. Un très grand livre. “Une histoire va se raconter. Ce sera une histoire en même temps complète et incomplète, comme il en va des histoires. C’est une histoire intéressante. Il y a une frontière, et des femmes, qui viennent, s’en vont, traversent, tout du long. Une frontière et des femmes, et l’histoire se fabrique toute seule. Même, il suffit de la femme. C’est une histoire. Un déclic. Après, l’histoire s’envole au vent qui souffle. À l’herbe qui pousse, poussant le corps à prendre le vent, et le soleil aussi quand il se couche, il allume les myriades de bougies de l’histoire, à foison, pour les piquer contre les nuages, et tous ils se joignent à la balade”.G.S.
[Remarques de l’éditeur]
ISBN: 9782721007162
THAROOR, Shashi. L’Inde selon Modi: la plus grande démocratie du monde menacée par son premier ministre. Paris: Buchet-Chastel, 2020, 272 pp.
Poutine, Erdogan, Trump, Bolsonaro… Le populisme mondial a autant de visages qu’il y a de situations nationales singulières. L’Inde n’y a pas échappé : l’incarnation – l’avatar, dirait-on ici – du national-populisme a ici le visage de Narendra Modi, Premier ministre de ” la plus grande démocratie du monde “. Mais la métamorphose en cours de ce pays de 1,3 milliard d’habitants reste largement méconnue des Français. Avec L’Inde selon Modi, Shashi Tharoor vient combler cette lacune. On y apprend d’abord comment un petit chai-wallah (vendeur de thé dans la rue) devenu militant du BJP, parti d’extrême droite hindou, a réussi à se hisser jusqu’au sommet du pouvoir. L’auteur se penche ensuite sur les transformations culturelles et sociétales à l’oeuvre en Inde : vaches sacrées, violences sexistes, liberté d’expression, Taj Mahal, Islam, réfugiés… le nationalisme hindou s’est emparé de tous les sujets et c’est finalement l’Inde laïque, pluraliste et égalitaire imaginée par Gandhi et Nehru qui disparaît inexorablement. Posant un diagnostic sans concession, l’ouvrage de Shashi Tharoor sonne comme un avertissement à tous les citoyens des nations démocratiques qui seraient tentés de céder, à leur tour, aux sirènes du national-populisme.
[Remarques de l’éditeur]
ISBN: 9782283033920